C'est le titre d'un ouvrage que je viens de publier avec mon ami Bruno VEVER auprès de l'éditeur belge BRUYLANT (http://www.bruylant.be).
Prenant acte de l'échec de la Constitution européenne et le rejet en Irlande du traité de Lisbonne, nous nous posons
la question du décalage grandissant entre les élites européennes et leurs opinions publiques. Mais au delà du constat bien connu, l'ouvrage propose en fait "un plan "C" pour rendre l'Europe aux
citoyens autour de 7 questions:
1. Et si on recommençait par la culture ?
En effet, sans identité commune, le citoyen européen devient schizophrène et ne sais plus très bien qui il est. La "culture européenne" est un concept théorique. Aujourd'hui, nous avons nos identités et cultures nationales (parfois régionales) et subissons l'envahissement d'une culture internationale, essentiellement provenant des USA. Où est l'identité européenne dans tout cela? Sans efforts véritable de promotion, de diffusions des cultures et langues européennes, il n'y aura jamais d'identité européenne et donc notre citoyen européen ne trouvera jamais son identité. Nous proposons donc des outils et instruments (médias, programmes..) pour donner forme à cette identité culturelle commune sans laquelle il n'y aura jamais de citoyenneté européenne.
2. Et si on gouvernait l'Europe autrement ?
Il faut le sauver de lui-même, c'est-à-dire de l'incompréhension qu'il ressent de plus en plus face à un projet européen de plus en plus vague et des Institutions européennes de moins en moins lisibles.
Le citoyen européen a besoin d'un parachute car il est aujourd'hui complètement perdu. Il a l'impression d'être laissé seul, abandonné, face à un monde de plus en plus complexe et de plus en plus dangereux. Les leaders politiques nationaux font part de leur impuissance face à la crise économique et face aux grands bouleversements de la société. Le citoyen européen voudrait bien se tourner vers l'Europe, mais elle répond aux "abonnés absents" car l'Europe c'est qui ? Et puis l'Europe, quand elle répond, ne propose rien de concret et renvoie en réalité la réponse aux responsables politiques nationaux. C'est le syndrome de l'"œuf et la poule".
En réalité, nous pensons que la participation active des citoyens à la construction européenne est en recul depuis une vingtaine d'années. Le développement exagéré du lobbysme et des lobbies a marginalisé les véritables acteurs de la société civile. La Commission européenne en particulier doit revoir ses pratiques de consultation, donner plus d'espace et plus de temps à la concertation, écouter davantage les organisations socio´professionnelles. Juste un exemple, un jour en présentant un projet au nom d'organisations européennes (BusinessEurope et Eurochambres) qui représentant 20 millions d'entreprises, la Commission européenne a mis en doute l'intérêt de notre projet (la société privée européenne) pour les entrepreneurs.
Les Institutions européennes sont attirées par les "think tanks", les lobbies, les consultations par internet. Elles se méfient des consultations officielles. Or je constate que ce sont les organes consultatifs, notamment le CESE et les organisations européennes représentatives, qui sont à l'origine de la plupart des avancées de la construction européenne (le marché unique, l'Euro, la politique en faveur des consommateurs, l'égalité homme/femme..). Les lobbies défendent des intérêts mais il faut défendre avant tout l'intérêt européen.
3. Et si on s'appropriait le marché unique ?
Le marché unique n'existe toujours pas. Depuis 20 ans, la Commission européenne a développé une approche que nous considérons comme erronée. Elle a privilégié l'harmonisation sur la simplification. A quoi sert il d'harmoniser laborieusement les législations sur des points de détails comme la qualité de l'eau des piscines ou la hauteur des phares arrière sur les tracteurs, quand il n'y a toujours pas de statut européen de société pour les PME, que la TVA n'est toujours pas harmonisée avec des formalités compliquées dès qu'on vend en dehors de ses frontières nationales. Nous préconisons au contraire des outils communs, un corps européen de douaniers, des services publics européens.
4. Et si on s'assurait un modèle européen de développement ?
L'Europe est connue dans le monde entier pour son modèle social, mais les Européens eux-mêmes n'y croient plus. Il ne sert à rien d'harmoniser toutes les règles sociales du jour au lendemain, mais l'absence de toute volonté politique d'assurer un rapprochement des législations sociales et des régimes fiscaux met en place une politique sauvage de compétition qui favorise les délocalisations et l'incompréhension des salariés. La mobilité du travail est très faible en Europe et il s'agit surtout d'une mobilité imposée et non pas choisie. Il n'y a pas, en effet, à se réjouir, quand des diplômés d'Europe de l'est trouvent des emplois de femmes de ménage ou de garçons d'étage dans des hôtels de Londres, de Paris ou de Madrid. Nous plaisons pour un véritable marché européen du travail et pour davantage d'initiatives communes dans le domaine de la formation et de l'éducation, notamment de véritables universités européennes.
5. Et si on appuyait l'Europe sur ses régions ?
Notre postulat est que l'Europe doit devenir une réalité visible pour le citoyen. Les régions sont des lieux d'identité et de proximité. En ene faisant de véritables acteurs de la construction européenne, en multipliant les structures locales d'information, y compris en créant des délégations de l'Union dans les régions, on mettre l'Europe "à la porte des citoyens " alors qu'aujourd'hui le citoyen est mis à la porte de l'Europe" face à des Institutions qui se barricadent pour des raisons de sécurité;
6. Et si on prenait un nouveau départ avec l'euro ?
L'Euro est sans doute la plus belle réalisation de l'Union européenne (avec Schengen et le programme Erasmus). Celle que le citoyen européen peut "palper" chaque jour, du moins pour 18 états membres. Mais, comme toujours, les états ne sont pas allés au bout de la logique de la monnaie unique et n'ont toujours pas mis en place de politique économique et budgétaire commune alors qu'aujourd'hui, face à la crise, on sait qu'un plan de relance n'aurait réellement des effets que s'il était européen.
7. Et si on exportait notre approche d'intégration ?
La prise de fonction de Barack OBAMA nous offre une opportunité historique de promouvoir une vision européenne de la mondialisation, c'est-à-dire une mondialisation à visage humain. L'Union européenne a déjà exigé à juste titre une remise en ordre des marchés financiers qui devrait être effective dans les mois qui viennent. L'union européenne peut en effet promouvoir son modèle avec des intégrations régionales notamment dans les parties les moins développées du monde (notamment l'Afrique), une meilleure prise en compte des droits fondamentaux et une conception multilatérale des relations internationales pour en finir avec une vision manichéenne du monde avec les bons et les mauvais. Je pense en particulier à la responsabilité que l'UE devrait assurer en Méditerranée par un vrai dialogue avec le monde arabe pour promouvoir ce beau projet d'Union, économique, culturelle, scientifique et politique.
Voilà le cri d'alarme de deux "vieux routiers" de la construction européenne qui depuis 30 ans ont vécu la lente érosion dans la confiance des populations vis à vis d'Institutions devenues de plus en plus hautaines et lointaines.
A la fin de l'ouvrage, nous faisons un certain nombre de propositions concrètes pour sortir de l'Europe du
marasme.
La première consiste à faire adopter un "Code de bonne conduite" des Institutions européennes en matière de transparence et de consultation réelle des acteurs économiques et sociales et
de la société civile;
La seconde de mettre en œuvre une "Feuille de route" pour l'Europe des citoyens avec des projets très concrets.
Dotée d'un Code de conduite et d'une feuille de route, l'Union européenne ferait un pas de géant. Mais qui va pouvoir proposer de telles initiatives ? Les états ? Ne nous faisons pas d'illusion !
Nous pensons aux citoyens eux mêmes en anticipant le droit d'initiative populaire, ce que nous appelons le "devoir d'ingérence"."L'Europe sortirait ainsi
de la crise, celle des institutions comme celle des opinions, par une initiative citoyenne ! Quelle meilleure porte de sortie, et quel meilleur présage pour la suite !"
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